avec Pierre & Philippe, le 5 AOUT 2007
Evidemment une belle journée, sortie facile... Les accidents en montagne c'est comme les accidents de la route. Lorsque tout paraît tellement beau et facile - et l'on s'attend le moins - c'est là que ça arrive.
Partis à trois depuis le refuge de Haut Asco, nous traçons direction bocca Tumaghinesca, puis direct au-dessus pour retrouver l'arrête Nord de Punta Minuta (La Pointe Menue - fr). La météo est parfaite. Arrivés sur la crête nous nous précipitons sur la partie la plus intéressante - la grimpe. Au lieu de prendre la route évidente - ligne de crête, nous prenons légèrement en-dessous - parce que c'est "plus alpin", plus raide quoi. Je pars le premier. Pendant un long moment je réfléchis même si le morceau qui se dresse devant moi vaut le coup de s'encorder.. En regardant vers le bas, vers le cirque de Trimbulacciu, je décide que oui. Un vol ici, se terminerais environ 500m plus bas. Vaut mieux pas prendre des risques inutiles... Vite, un relais, je mets un coinceur dans la fissure devant moi, le granite a l'air bien solide. Pierre rajoute une sangle enroulée autour d'un roc coincée dans la fissure au sol de la vire sur laquelle nous sommes à présent. "Partis !" Du coup je même pas mis les chaussons, qui restent accrochés à l'arrière de mon baudrier. Difficulté ne dépasse pas le IV degré. Je cherche un point, mais trouve rien de solide pour placer une protection. "Protège le relais" comme un écho dans ma tête la voix du Pierot Griscelli qui m'a martelais cette phrase un paquet de fois. Mais là, il n'y a rien de bon pour protéger, puis c'est facile, alors je trace. Une section verticale - je teste toutes les prises, une par une. Un regard vers Pierre quelques mètres en-dessous et je monte encore. "Je passe ça et je mets quelque chose" - je me dis.
Trop tard, je mettrais plus rien, tout bascule d'un
coup. Je me sens partir en loop arrière avec l'énorme
bloc dans mes bras - et pieds dessus. "Fais gaffe !!" je
cris tout en me poussant au plus loin de la roche
volante. Je décris un parfait cercle et lorsque je passe
derrière Pierre mon pied gauche heurte la vire. Ca fait
mal - mais ce n'est pas fini. A présent je pique la tête
en bas vers la vire suivante. J'attends l'impact,
conscient que ça sera probablement mon dernier. Puis tout
s'arrête, je me trouve tête en bas moins de deux mètres
d'une vire rocheuse. J'ai mal - mais je sens la joie
d'être en vie. J'entends Pierre crier - sa voix est tout
sauf tranquille. Alors sur le coup d'adrénaline j'arrive
à monter d'un mètre et demi. Quelque minutes après je
suis mouliné vers la vire d'en-dessous.
- "Ca va ?!"
- "Non, j'ai la jambe pétée - faudra un hélico !"
- "Quoi ?!"
- "Chuis en vrac, j'peux plus plus marcher !"
Quelques minutes plus tard Pierre est là. Il ne veut pas
croire. Mais si, c'est vrai, on a même pas commencé à
grimper et c'est déjà fini. Comme le tph ne passe pas
ici, ni SFR, ni ORANGE - Philippe part donner l'alerte à
Haut Asco. Avec Pierre, nous avons quelques heures à
débattre sur les erreurs comises :
- mauvais choix d'itinéraire - erreur commune,
- manque de protection au-dessus de relais - mea maxima culpa ! Eh oui cette erreur est impardonnable - IL FAUT TOUJOURS PROTEGER LE RELAIS ou.. choisir un autre itinéraire qui permets la protection,
- Pierre dit que j'aurais du mettre les chaussons - je soutiens que ça n'aurais rien changé - va savoir..
Résultats de courses : presque 15m de vol pour moi +
jambe explosée, pour Pierre quelques éraflures + peur de
sa vie. Ah oui, pauvre Pierre a vu le coinceur
littéralement exploser la roche au relais et on étaient
pendus uniquement sur la sangle enroulée autour d'une
pierre grosse comme un poing et coincée dans la vire..
Chaud ! Naturellement je remercie Pierre d'avoir sauvé
mon existence - c'est bien lui qui a arrêté la corde !
Finalement les secours arrivent, c'est le PGHM que
j'ai dérangé - un dimanche de surcroît. Et même si nous
nous connaissons, je dis aux gars que je suis désolé et
évidemment un grand MERCI pour m'avoir encore sorti de la
merde.
Les toubibs des urgences du CHU à Bastia me disent que ça n'est peut être qu'une entorse - autrement je ne serais aussi tranquille. 18 jours plus tard je suis sur la table de clinique Saint George à Nice avec double fracture avec déplacement, arrachement des ligaments et l'articulation désaxée..
Je m'en sortirais grâce à l'intervention chirurgicale effectuée par Dr D'Hondt - Grand Merci ! Grand Merci à Nicolas, qui m'a indiqué la bonne adresse, puis aidé lors des transferts et mes séjours à Nice, ainsi qu'à tous les Niçois qu'ont été super sympa avec moi ! Naturellement Grand Merci à Janka qui a eu la patience de supporter tout ça et s'occuper de moi !
Une fois de plus - la preuve qu'un homme tout seul ne va pas loin - Merci les Amis !